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MONDE DU TRAVAIL
Tuesday, August 09, 2005 -
L'Express

Les syndicats n’arrivent pas à accorder leurs violons sur leur destin commun.

Le Trade Union Trust Fund (TUTF) a organisé hier un atelier de travail sur l’unité au sein du monde syndical, en présence d’une cinquantaine de représentants. Ce, alors que le processus d’unification des syndicats au niveau international est déjà engagé, pour contrer le néo-libéralisme. Cette unification devrait être une réalité en mai 2006, sous l’impulsion de la Confédération mondiale du travail et de la Confédération internationale des syndicats libres.

“Maurice ne pouvait pas rester indifférente à ce processus”, indique Toolsiraj Benydin, membre du TUTF et l’un des syndicalistes les plus actifs au plan international. Mais les centrales ne veulent pas se précipiter non plus. “Nous n’allons pas passer à l’action tout de suite mais nous allons nous rencontrer pour discuter, poser les jalons de l’unité qui prend déjà forme de façon ponctuelle lors des négociations tripartites, par exemple”, précise Toolsiraj Benydin.

Le MLC brillait par son absence

D’où le but du séminaire du TUTF, qui devrait être le premier d’une longue série. Il s’agira de définir la forme légale que prendront les syndicats réunis ou encore le forum qu’ils utiliseront… Toutes les confédérations syndicales étaient présentes, lors du séminaire. Toutes ou presque, puisque la plus importante d’entre elles, le Mauritius Labour Congress (MLC), brillait par son absence.

Cassam Kurreemun, le président du MLC, a pris les devants pour s’en expliquer. Il dit être déçu car la confédération qu’il dirige n’est pas partie prenante du processus lancé par le TUTF. Cassam Kurreemun regrette d’avoir été “ignoré” et, évoquant son absence du programme établi, parle même d’ “insulte”.

Le MLC regroupe quelque 45 000 membres et représente les grands secteurs d’activités : service civil, planteurs, employés des télécoms, entre autres. L’un de ses membres, Geejanand Bhujun, est même le secrétaire général du TUTF. Cassam Kurreemun rue dans les brancards. Même s’il se dit d’accord avec la nécessité d’une unité syndicale, le président du MLC affirme qu’elle doit se faire au niveau des syndicats et non à travers le TUTF. Selon lui, le TUTF est un “facilitateur” mais fait preuve “d’ingérence” en voulant prendre l’unité syndicale à son compte.

Evoquant la répartition des fonds, dans le monde syndical, Cassam Kurreemun durcit même le ton. Une distribution “inéquitable”, selon lui et qui privilégierait certains. Et de pointer du doigt le TUTF. La semaine dernière, Cassam Kurreemun avait même adressé une correspondance en ce sens au ministère du Travail, des Relations industrielles et de l’Emploi avec copie au TUTF.

Au TUTF, on se défend de vouloir agir de façon unilatérale. Yousouf Sooklall, le président du board du TUTF, et Toolsiraj Benydin affirment vouloir “respecter la diversité des opinions”, dans l’exercice de réflexion entamé hier.

“Au séminaire, tout le monde a eu la parole. Le MLC avait la possibilité d’intervenir et les noms de cinq de leurs membres étaient sur la liste des participants”, dit Yousouf Sooklall. Il explique que les participants au séminaire et notamment les intervenants sont des membres du TUTF. Et qu’ils n’intervenaient pas en tant que représentants de leurs centrales syndicales respectives. Prenant à contre-pied Cassam Kurreemun, il confirme que le TUTF a un rôle de facilitateur.

Les représentants du TUTF regrettent donc l’absence du MLC. Mais ils ajoutent que “la porte reste ouverte” pour poursuivre la réflexion sur l’unité syndicale. Yousouf Sooklall et Toolsiraj Benydin sont formels : “La volonté de conjuguer tous les efforts est là.” Mais l’unité syndicale a définitivement pris un faux départ, hier, et la route devrait être encore très longue avant d’atteindre son but.